Droits des Animaux, Végétarisme

« Je peux vous proposer du poisson, sinon? »

« It’s okay to eat fish, ‘cause they don’t have any feelings… » chantait Kurt Cobain sur Something in the Way.

Lorsque j’avais quinze ans, j’analysais de façon obsessionnelle les paroles écrites par Cobain. Est-ce qu’il parlait de poisson (« fish ») parce qu’il était Poisson astrologiquement parlant ? Est-ce que l’absence de sentiments décrite ici était en référence aux drogues qui l’anesthésiaient ? L’intrusion des média dans sa vie privée ?

Cinq ans plus tard, je suis devenue végétarienne et cette phrase a pris un tout autre sens.

En 2005, lorsque je mentionnais être végétarienne au moment des repas ou commandes au restaurant afin d’expliquer pourquoi je refusais la viande, on me proposait toujours du poisson comme alternative. Parce qu’on ne peut décemment pas manger un plat sans viande et qu’un poisson n’est pas tout à fait un animal. Apparemment. En 2017, c’est toujours le cas.

(Petit clin d’œil à la chaîne de restaurants HD Diner qui, sur son menu, indique dans sa section végétarienne trois options à base de poisson sur les cinq proposées. Ça m’avait drôlement fait sourire l’hiver dernier lorsque je l’avais remarqué par hasard en me promenant en ville et ce n’est qu’un exemple récent parmi tant d’autres.)

Depuis quelques temps, beaucoup de personnes jusqu’alors hermétiques ou tout au moins peu concernées par les problèmes liés à l’alimentation carnée revoient leurs positions et décident de se lancer dans un régime végétarien, voire végétalien. Les raisons sont aussi variées que ceux et celles qui les partagent : écologie, éthique, santé… En choisissant de ne plus consommer de viande, ils et elles affirment certaines de leurs convictions.

Dans mon entourage plus ou moins proche, certain-e-s ont sauté le pas afin d’être en accord avec leur amour pour les animaux ; il ne leur semble pas (plus !) cohérent de vouloir défendre la cause animale tout en continuant à consommer de la chair. Pourtant, souvent, il m’est expliqué : « Enfin, je continue à manger du poisson. Parce que c’est un peu bête, un poisson. »

Je sais ces personnes honnêtes dans leur démarche et me contente donc généralement de sourire. Pas par mépris ou moquerie, mais plutôt par amusement teinté d’ironie. Je ne peux m’empêcher d’être surprise par cette hiérarchie établie entre les animaux par des défenseur-e-s assumé-e-s, preuve que les idées préconçues sont féroces.

Le poisson est souvent vu comme un animal sans grand intérêt, qui oublie tout à chaque tour de bocal et ne ressent rien. Cette volonté d’instaurer un classement – intellectuel, émotionnel, physique – entre les animaux s’appelle le spécisme.

Le spécisme est défini comme tel dans Le Robert :

n.m. du latin species (espèce) et d’après racisme et l’anglais speciesism (1970). Didact. Idéologie qui postule une hiérarchie entre les espèces. Spécialt. La supériorité de l’être humain sur les animaux. « la lutte contre le spécisme, c’est l’extension du principe d’égalité au monde animal. » (Le Matin, 2015). Par ext. Mauvais traitement, exploitation des animaux. Contr. Antispécisme.

Les humains se pensent supérieurs aux animaux et pensent certains animaux supérieurs à d’autres, y voyant une autorisation de traiter les espèces animales non-humaines comme bon leur semble. Par conséquent, penser que toutes ou certaines espèces ne ressentent pas la douleur, physique ou psychologique, de la captivité et mise à mort permet de déculpabiliser face à une tranche de saumon… ou de les exploiter sans état d’âme pour s’en mettre plein les poches.

Pourtant, les poissons ont effectivement de nombreuses particularités et ne méritent pas les aprioris véhiculés à leurs propos. Dans un de leurs articles consacrés à l’animal, L214 nous explique que la truite est plus sociale que le poisson rouge, qu’une carpe blessée par un hameçon est capable de se remémorer la mauvaise expérience un an plus tard et de ne plus se faire prendre ou encore que les poissons évoluent dans une société hiérarchisée mais qu’ils préfèrent éviter les conflits car ils comprennent que des blessures peuvent en découler.[1]

Lorsque l’on découvre la richesse du poisson en tant qu’individu, il devient compliqué de justifier la consommation de sa chair « parce qu’il est un peu bête. »

La consommation de poisson fait vivre à de nombreuses espèces un véritable calvaire, notamment dans le cadre de la pêche intensive (mais pas que !). PETA, l’association Pour une Éthique dans le Traitement des Animaux, décrit la vie d’un poisson une fois pris dans les filets :

Ils sont souvent traînés pendant des heures derrière des chalutiers et mortellement écrasés dans d’immenses filets. Lorsque les filets sont remontés à bord, certains des survivants sont ouverts vivants, et d’autres sont jetés dans des congélateurs où ils connaîtront une mort terrifiante par suffocation. Dans les élevages de poissons, des dizaines de milliers de poissons sont contraints de vivre ensemble dans des bassins qui sont souillés par leurs propres excréments, de lutter pour accéder à la nourriture et de subir des changements d’exposition à la lumière, de profondeur d’eau et d’intensité du courant. Certains sont victimes de dépression et flottent inertes à la surface.[2]

Lorsque l’on décide d’embrasser le végétarisme pour des raisons éthiques, il me paraît primordial d’abandonner la vision spéciste avec laquelle nous avons souvent grandi et d’apprécier le poisson comme une espèce à part entière, qui mérite notre respect et des conditions de vie dignes de tout être vivant.


Si ce sujet vous intéresse, vous pouvez en apprendre plus en consultant L214.


[1] « Intelligence et vie sociale des poissons. » www.l214.com/poissons/intelligence-et-vie-sociale

[2] Extrait d’un tract distribué par des militants de PETA. www.petafrance.com

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